Témoignage : la culture au pair

  • Juin 10, 2018
a French girl living her au pair experience in the USA

Aujourd’hui nous rencontrons Julie Benoist qui a 32 ans et est originaire de Limoges. Julie a vécu une expérience au pair aux Etats-Unis et aujourd’hui souhaite accueillir une au pair. Elle nous livre à travers son parcours les apprentissages de ce que l’on appelle « la culture au pair ».

Julie, peux-tu nous parler de ton parcours en quelques mots?

« J’ai passé les 23 premières années de ma vie, puis je suis « montée » à Paris pour finir mes études en Ressources Humaines.

Après mes études j’ai été fille Au pair durant un an aux USA, puis je suis revenue à Paris pour y travailler dans l’informatique durant 6 ans.  J’y ai rencontré mon conjoint et nous avons eu notre petite fille, Lucie qui a aujourd’hui 2 ans.

Puis lassés du rythme parisien, où nous avons passé des années merveilleuses, nous avons décidé de nous installer à Limoges, où nous vivons et travaillons depuis plus d’un an. Nous allons avoir un 2ème enfant en octobre 2018. »

Tu as eu une expérience au pair aux USA, peux-tu nous en parler.

« Depuis toute petite les USA exercent sur moi une véritable fascination,  j’ai toujours su que je voudrais aller visiter les USA, mais jusqu’à 1 mois avant de me décider à partir, je n’imaginais être capable d’aller y vivre seule.

Je suis issue d’une famille de classe moyenne de Limoges où les voyages n’étaient clairement pas la priorité et je crois que je suis celle de la famille qui a le plus voyagé aujourd’hui.

Suite à mon master RH, j’ai passé quelques mois à chercher du travail en vain, et en essayant de peaufiner mon anglais , je suis tombée sur un article d’une agence américaine pour devenir Fille Au pair.

Ayant fait de nombreuses fois du babysitting auprès de mes neveux, nièces et cousins, je remplissais tous les critères (âge, expérience…) pour être fille au pair. J’ai appelé sur un coup de tête et ensuite tout est allé très vite: préparation du dossier, gestion des papiers français, choix de la famille aux USA…

J’ai eu des contacts avec plusieurs familles, d’abord par mail puis par Skype avant d’accepter une famille monoparentale avec 2 enfants assez grands dans la banlieue de Washington.

Le départ de France a été très difficile, étant assez proche de ma famille et mes amis la séparation a été compliquée à gérer et il m’a d’ailleurs fallu plusieurs semaines avant de vraiment réaliser la chance que j’avais et de commencer à profiter. 

Après ces quelques jours de formation au sein de l’agence américaine, c’était le grand saut vers l’inconnu, nous prenions la destination de nos familles.

Je me  suis rendue assez vite compte que cette famille ne correspondait pas à mes attentes et j’ai finalement décidé de switcher de famille. Je me suis tout de suite sentie bien mieux avec la famille d’Anneke et Marieke, la petite fille avait 6 ans à l’époque, même s’il a fallu un peu de temps pour prendre mes marques dans cette famille.

Je dois reconnaître que mon rythme de travail était plutôt agréable et j’avais donc du temps pour moi, pour faire du sport, contacter mes proches, voir mes amis, suivre mes cours (essentiellement planifiés le soir) et surtout préparer mes voyages.

Mon objectif principal durant cette année était de voyager au maximum aux USA et de découvrir le pays. »

Tu as pu alors concilier les voyages avec activité au pair.

« J’ai fait la rencontre de Céline, une autre fille au pair française et nous avons pu voyager énormément durant cette année: New york, Philadelphie, Boston, Chicago, les Chutes du Niagara, Miami, La nouvelle Orléans, la côte Ouest des USA, Hawaii.

Ces voyages ont réellement été mon sas de décompression quand cela était difficile avec la famille ou que je ressentais le besoin de m’évader un peu, de plus cela a jalonné mon année. « 


Julie 2

Que retiens-tu de ton expérience au pair?

Cette année a, en tout cas, changé ma vie : elle m’a donné le goût du voyage et je garde aujourd’hui encore la fierté d’avoir réussi à passer cette année seule aux USA et de l’avoir appréciée.

J’ai appris à relativiser les petits tracas de ma vie, et inconsciemment ma famille d’accueil américaine m’a guidé dans sa façon d’éduquer sa fille, je m’en rends compte aujourd’hui en étant moi-même maman.

De plus j’ai passé l’année avec une famille très compréhensive et qui comprenait que mon épanouissement personnel passait par des activités à l’extérieur. D’ailleurs ma famille m’a appris à la fin de l’année que ce qui l’avait fait me choisir était le fait que dans ma lettre de motivation, je mettais en avant mon envie de découverte et de voyage bien avant mon souhait de garder des enfants et c’est ce qu’elle trouvait justement enrichissant pour sa fille (après bien sûr cela est propre à chaque famille et l’essentiel est de trouver des points d’accroche commun entre la famille et la fille au pair). Il est vrai que dès que  nous avions une journée entière ensemble, j’amenais la petite au musée à Washington… je lui faisais faire des activités où nous trouvions toutes les 2 notre compte en terme de découverte et d’aventure.

Pour moi le fait d’avoir été encadrée par un organisme a été un réel avantage et c’était très rassurant, on se sent vraiment aidée si on en ressent le besoin et quand on commence à être plus à l’aise on peut à son tour soutenir d’autres filles au pair qui arrivent. »

Aujourd’hui tu es maman et tu souhaites accueillir une au pair?

« Oui, aujourd’hui je regarde le concept de fille au pair de l’autre côté, je suis en effet maman d’une petite fille de 2 ans et enceinte d’un autre enfant prévu pour l’automne 2018.

Et je souhaite pouvoir un jour accueillir une fille au pair au sein de ma maison une fois que mes enfants seront scolarisés. C’est bien sûr un souhait que partage mon conjoint qui a lui aussi pas mal voyagé.

Ce choix d’accueillir un au pair est pour moi une décision de famille auquel il faut que tous les membres de la famille adhèrent.

C’est malheureusement un mode de garde encore très peu connu en France (et encore moins utilisé) surtout en province. Ce qui est paradoxal d’ailleurs car à Paris, il est rare d’avoir une chambre indépendante pour accueillir une fille au pair alors que c’est beaucoup plus facile et courant en province.

L’au pairing est selon moi un mode de garde très enrichissant pour les 3 parties:

– pour les enfants qui bénéficient d’une culture nouvelle et quelqu’un qui peut leur faire faire des activités plus originales qu’une nounou,

De plus cela donne un modèle d’une fille ou garçon indépendant, curieux, ouvert au monde… Des qualités qui sont pour nous essentielles dans notre mode d’éducation.

– pour les parents qui bénéficient d’une flexibilité plus grande qu’avec un mode de garde classique (si besoin de babysitting le weekend par exemple), cela offre un réel confort,

– pour la fille au pair qui découvre un nouveau pays et une culture tout en bénéficiant d’un cocon familial et qui devient membre à part entière d’une famille tout en gardant son indépendance.

Après j’ai tout à fait conscience que ce mode de garde comporte aussi des inconvénients et j’appréhende le fait de vivre avec une personne de plus au sein de la maison et je suis convaincue que cela peut être une grande réussite ou un échec total, cela dépend des attentes des 2 côtés.

Pour pallier cela, il est à mon avis nécessaire d’être clair et exigeant dès le départ sur ce que tout le monde recherche, d’apprendre à se connaître en amont et aussi de se laisser le temps de s’habituer aux habitudes de chacun. Comme toute vie commune il est indispensable de laisser « une période d’essai » avec des adaptations et de faire preuve d’empathie des 2 côtés:

– la famille doit comprendre que la fille au pair se retrouve d’un seul coup seule au bout du monde loin de ses proches et avec la responsabilité d’un ou plusieurs enfants, parfois dans un pays où elle ne comprend pas la langue et les coutumes.

– la fille au pair doit aussi réaliser que la famille lui confie ce qu’elle a de plus cher, à savoir ses enfants et qu’elle se doit être rassurante à ce niveau-là car la famille compte sur elle. »

As-tu gardé des contacts avec ta famille d’accueil au pair?

« Tout à fait je suis revenue plusieurs fois aux USA en vacances depuis cette expérience et suis revenue voir ma famille d’accueil. Eux-mêmes sont venus en France à de nombreuses reprises, chaque fois ils en profitent pour revoir leurs filles au pair (qui sont toutes françaises).

Cette famille est restée présente pour les évènements marquants de la vie des filles au pair avec qui le contact a été maintenu, lors du dernier voyage en France de Anneke et Marieke (qui a maintenant 13 ans) en avril 2018, elles ont assisté au mariage de la fille au pair qui m’a succédé chez eux et sont venues passer quelques jours chez nous et ont ainsi pu rencontrer ma fille, que j’étais très fière de leur présenter.

J’ai toujours dit à Marieke en rigolant (à moitié) que j’espérais qu’un jour elle serait la fille au pair de mes enfants.

Même si nous nous voyions peu souvent, le lien est maintenu et le plaisir de se voir est toujours là. Cette famille fait partie de ma vie et de ce que je suis aujourd’hui. »

Merci Julie. As-tu d’autres conseils à nous partager?

« Oui je voudrais dire, dans certaines cultures ou pays (comme en Allemagne) une année de césure à l’étranger est presque un rituel de passage et quel que soit la forme (stage, petit boulot, au pair…), ce n’est pas le cas en France (pour le moment?) mais j’encourage tous les jeunes (et pas que les filles d’ailleurs) qui en ont la possibilité à tenter l’expérience à l’étranger, qu’elle soit bonne ou mauvaise cette expérience vous permettra avec certitude de mieux vous connaître.

Quant aux familles qui hésitent à prendre un ou une au pair, bien sûr que ça peut mal se passer, vous pouvez ne pas vous entendre avec la personne ou avoir besoin d’ajustements mais n’oubliez pas le courage nécessaire pour partir seul à cet âge dans un pays inconnu et surtout sachez qu’en communiquant la majorité des problèmes pourront être résolus. »

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